LES SECRETS DE NOTRE JARDINAGE ÉCOLOGIQUE

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Jeunes citadins, frais émoulus de l’université, nous avions fait le choix de la simplicité, et nous nous étions retrouvés sur un lopin de terre dans le huitième rang d’un petit village dans le comté de Bellechasse.

Pomper son eau à bras, rentrer son bois à pleines brassées, et chauffer un vieux poêle royal Bélanger… Écouter le silence. Sourire aux étoiles. Marcher dans le vent. S’extasier à la vue d’un orignal. Rêver d’un grand jardin… et s’y mettre à la sueur de notre front.

DES FEUILLES DÉCHIQUETÉES

Notre première décision pour ce jardin fut d’utiliser des matières végétales pour le fertiliser. Nous avons acheté une déchiqueteuse et avons réduit en miettes des amoncellements de feuilles d’érable que nous avons enfouies dans notre sol. Les résultats émerveillèrent nos voisins. Tout le rang se mit à jardiner. La vie était revenue dans ce coin perdu.

→ Les feuilles sont une excellente source de matière organique et riches en oligo-éléments essentiels dont le sol a besoin. Les arbres grâce à leurs racines profondes et complexes ont la capacité d’extraire du sol des minéraux.
— calcium, magnésium, potassium, phosphore — et de les canaliser dans leur tronc et vers leurs feuilles. On nous dit que 50 à 80 % de tous les éléments nutritifs que les arbres extraient du sol aboutissent dans les feuilles.

→ Déchiquetées dès qu’elles sont tombées et enfouies dans la terre à l’automne, les feuilles transfèrent alors leurs nutriments au sol où elles vont nourrir les vers de terre et autres organismes utiles. Les feuilles sont très utiles pour l’aération des sols lourds et aident les sols sableux à retenir l’humidité.

DU CHARBON VÉGÉTAL

Le temps passe. Au détour de mes recherches, je découvre le visage phénoménal de « mon petit docteur ». Son usage agricole me fascine.

→ Un premier article paru en 1959 dans la revue Nature parle de l’effet insecticide de cette poudre de carbone pur. Je fouille plus en profondeur.

→ On parle de sa capacité à dépolluer les sols des herbicides. On le nomme : « l’agent adsorbant universel de la majorité des herbicides ».

→ On découvre qu’il améliore la croissance des plantes en adsorbant les inhibiteurs de croissance, en empêchant la croissance des cals non désirés, en favorisant la morphogenèse et en améliorant le développement des racines.

→ MAIS… le plus extraordinaire fut sa présentation à la conférence de Copenhague de 2009 qui l’a inscrit au programme des stratégies visant à réduire les gaz à effet de serre… « Mon petit docteur », couronné au XXIe siècle, « puits à carbone » écologique et « puissant levier » pour limiter le changement climatique, a été acclamé comme une solution au réchauffement global de notre planète.

→ En effet, enfoui dans le sol, le charbon végétal – oui, il s’agit de mon petit docteur en passe de devenir un docteur prodigieux– piège et stocke à long terme le carbone de l’atmosphère — CO2, méthane, protoxyde d’azote (N2O).

→ Selon le Professeur Lehman de l’Université Cornell (É.U.), l’emploi du charbon pour amender les sols dans notre monde pourrait nous débarrasser d’un à deux milliards de tonnes de carbone par an. Et cela, tout en nourrissant nos sols, en améliorant nos cultures, et en nous permettant de remplacer les engrais azotés.

Bon, je m’arrête là. Sitôt su, sitôt mis en pratique. Depuis plusieurs années, cette fois-ci dans l’Estrie, nous jardinons avec des feuilles et du charbon en poudre. Les résultats sont tout simplement époustouflants. C’est le nouveau vert (1)!

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DE L’IODE

Cet oligo-élément retient mon attention depuis plus de deux ans. Après avoir parlé des effets de la carence en iode sur la santé – carence considérée comme une urgence sanitaire mondiale actuellement — et des sources alimentaires d’iode plutôt restreintes, je vous ai récemment parlé de l’iode bactéricide et virucide. Mais l’iode est aussi utilisé en agriculture et favorise alors la culture de végétaux plus riches en iode.

→ Les sols des régions éloignées des eaux océaniques, celles-ci constituant le réservoir principal d’iode sur le globe terrestre — les régions montagneuses, mais aussi les plaines très lessivées, de pH très acide, certains sols tourbeux très acides, et des sols sur roches-mères calcaires – sont tous des sols pauvres et très pauvres en iode.

→ L’application agricole d’iode peut alors améliorer la croissance, l’adaptation environnementale et la tolérance au stress des plantes, leur donner une plus grande capacité antioxydante, et une teneur en iode plus forte.

→ Une expérience menée par l’IODINE GLOBAL NETWORK a retenu mon attention. Je la partage avec vous.

→ La population de la province du Xinjiang, en Chine, souffre d’une forte prévalence de goitres et d’un taux de mortalité infantile élevé, ce qui fait d’elle la première bénéficiaire de sel iodé. Malgré l’introduction de programmes de sel iodé dans la région, la préférence locale pour le sel gemme (sel de roche) a empêché l’adoption de la variété enrichie.

→ Pour améliorer la consommation d’iode de la population, une étude réalisée en 1992 a introduit un goutte à goutte d’iodate de potassium dans l’eau d’irrigation utilisée pour les cultures consommées localement. L’utilisation de l’eau d’irrigation iodée a entraîné des niveaux d’iode dans le sol trois fois plus élevés qu’auparavant et des niveaux d’iode pour les plantes et les animaux deux fois plus élevés.

→ La population a également signalé des niveaux d’iode plus élevés, avec une augmentation significative des niveaux d’iode des enfants, mesurés par l’excrétion urinaire médiane d’iode. La saison suivante a vu le taux d’iode du sol quadrupler et celui des cultures presque doubler.

→ Une autre étude menée dans la même région a révélé que l’ajout d’iodate de potassium à l’eau d’irrigation était responsable de l’augmentation des concentrations d’iode chez les femmes en âge de procréer et de la réduction de la mortalité néonatale et infantile.

→ Une étude utilisant des engrais iodés a constaté une augmentation des concentrations d’iode dans les plantes alimentaires. Un engrais iodé à base de varech a été créé, qui empêcherait également la volatilisation, ou les pertes, d’iode du sol. Après l’application de l’engrais sur trois cultures différentes, les concentrations d’iode dans les feuilles, les fruits et les racines ont augmenté.

→ D’autres études parlent de formulations à base d’iode à vaporiser qui contrôlent les maladies bactériennes et les maladies fongiques des plantes(3,4,5,6.)

Bon, nos essais avec les feuilles déchiquetées sont très positifs. Notre utilisation du charbon est également très positive. On verra cet été ce que l’iode en vaporisation sur le sol et les plantes donnera ! On s’en reparlera. À tous, très bientôt, bon jardinage !

Références

1. Danièle Starenkyj, Mon petit docteur, pages 253, 272, 273, 306-310, édition revue et augmentée, ORION, 2012.
2. LIEN VERS UN ARTICLE SUR L’IODE
3. Ecological Agriculture Projects, IODE, Jean Duval, McGill University, 1991.
4. Iodine Global Network, Humanitas Global, Savanna Henderson, 2016.
5. Crops World Iodine Association 6. Julia Medrano-Macias et coll., Use of Iodine to Biofortify and Promote Growth and Stress Tolerance in Crops, Front Plant Sci 7, 1146, 2016.

© 2020 Danièle Starenkyj

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